Du repérage au diagnostic de dyspraxie

Le repérage

Le rôle des parents

Les parents sont en première ligne pour découvrir ce qui dysfonctionne, ce qui n’est pas toujours évident surtout lorsque la fratrie ainée s’est développée sans difficultés apparentes.

Lorsqu’un retard important et/ou une grande maladresse sont constatés au-delà de l’âge normal (habillage, repas, difficultés dans les jeux de construction, puzzle, dessins, …), il faut alerter le médecin de famille (ou le pédiatre).

Lorsque l’enfant est en grande difficulté dès la moyenne section de l’école maternelle (ne parvient pas à dessiner, coller, découper, écrire son prénom, copier, mimer), ne pas hésiter à en parler avec l’enseignant et le médecin scolaire (en plus du médecin  de famille ou du pédiatre).

Le rôle des enseignants

Au-delà des signes repérables dès la maternelle, il est à noter que la dysgraphie est presque toujours présente en cas de dyspraxie (et persistera malgré les progrès). Un graphisme très déficitaire ou très lent est un signe évocateur d’une éventuelle dyspraxie, mais ne reste qu’un signe d’alerte. En effet, « être dysgraphique » ne signifie pas forcément « être dyspraxique ».

Les enseignants sont aptes à repérer des difficultés et retards importants (dès la moyenne ou grande section de maternelle). Ils doivent alerter les parents et le médecin scolaire lorsque c’est le cas.

Le dépistage

Le rôle du médecin scolaire

Il doit alerter les parents et les inciter à faire pratiquer des bilans en fonctions des informations récoltées (par lui-même, les parents et les enseignants).

Le rôle du pédiatre et du médecin généraliste

En fonction des tests obligatoires figurant sur le carnet de santé, et/ou des signes d’alertes donnés par les parents, ils doivent alerter les parents et les inciter à faire pratiquer des bilans en fonctions des informations récoltées (par lui-même, les parents et les enseignants).

Les bilans pluridisciplinaires, préalable obligatoire à la pose du diagnostic

C’est aux parents de prendre les rendez-vous (s’adresser aux relais locaux DFD sur le territoire pour connaitre les professionnels en exercice). Les délais d’attente sont parfois très longs (plusieurs mois, voire un an).

DFD souhaite alerter les parents sur l’importance des bilans pluridisciplinaires et sur le fait de ne pas s’arrêter au bilan d’un seul professionnel. C’est, en effet, la synthèse de ces bilans qui permettra de diagnostiquer une dyspraxie et d’éliminer d’autres défaillances ou handicaps suspectés comme une déficience intellectuelle, un trouble autistique, etc.

Ces bilans pluridisciplinaires mettront éventuellement, en évidence d’autres troubles des apprentissages associés (ou au contraire permettront de diagnostiquer ces autres troubles sans évoquer la dyspraxie) : langage oral (dysphasie), langage écrit (dyslexie), troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité, troubles exécutifs.

Il est à noter que nombre d’enfants ou adultes intellectuellement précoces sont également dyspraxiques ou ont des troubles praxiques.

Il est également possible que des troubles praxiques soient identifiés, sans pour autant parler clairement de dyspraxie (ces troubles praxiques seront alors mineurs ou peu importants, et ne seront pas forcément à traiter en priorité, mais ne seront pas à négliger pour autant).

C’est pourquoi, il est important d’effectuer des bilans pluridisciplinaires de qualité, idéalement pendant le développement de l’enfant. Il sera souvent nécessaire d’effectuer des bilans quelques années après la pose du premier diagnostic afin de réévaluer les besoins (et par conséquent réorienter en fonction, les rééducations et adaptations), et affiner éventuellement le diagnostic.

En neuropsychologie

Bien qu’il ne soit pas pris en charge par la sécurité sociale (sauf en centres hospitaliers/centres référents) le bilan neuropsychologique est indispensable pour poser (ou pas) un diagnostic de dyspraxie. Les docteurs Michèle Mazeau et le docteur Alain Pouhet expliquent parfaitement l’enjeu du bilan neuropsychologique.

En ergothérapie

Le bilan en ergothérapie permet de recueillir des  informations dans les domaines de la vie quotidienne, de l’école (gênes scolaires, cahiers, appréciations), des loisirs.

Il teste les fonctions non-verbales : Attention, latéralisation, aspect visuo-spatial et visuo-perceptif, gnosies (trouble de la reconnaissance, couleurs, objets…), orientation temporo-spatiale, praxies, graphisme.

Il mesure l’aspect qualitatif et quantitatif des tests : le résultat final, la manière de faire, le comportement, la fatigue.

Le bilan en ergothérapie n’est pas pris en charge par la Sécurité Sociale. Les tarifs sont différents d’un professionnel à l’autre.

En orthophonie

Le bilan orthophonique concerne l’évaluation du langage oral, du langage écrit, et du raisonnement logico-mathématique car ces enfants en raison de leurs difficultés présentent fréquemment des troubles dys associés.
Les épreuves administrées pour tester ces domaines doivent être étalonnées scientifiquement et surtout tenir compte du facteur temps. Le bilan orthophonique est conventionné par la sécurité sociale et se pratique sur prescription médicale.

En psychomotricité

Le bilan psychomoteur permet de mettre en évidence les qualités d’un enfant dans l’appréhension de son corps et de mesurer les discordances de certains savoir-faire corporels. Les tests sont basés sur le schéma corporel, la coordination, l’équilibre, l’habileté motrice, la motricité fine, l’organisation spatiale, le graphisme.

Le bilan en psychomotricité n’est pas pris en charge par la Sécurité Sociale. Les tarifs sont très différents d’un professionnel à l’autre.

En orthoptie

Le bilan orthoptique se déroule  autour de trois recherches (acuité-relief, coordination-motricité, saisie de l’information-organisation du geste). Il permet de définir l’intérêt ou pas d’une rééducation éventuelle.  Un bilan orthoptique se pratique sur prescription. Il est remboursé par la sécurité sociale.

La pose du diagnostic

A quel moment parle-t-on de « dyspraxie » ?

On parlera de diagnostic de « dyspraxie » lors de la synthèse des bilans et lorsque ces derniers révèlent des « écarts-type » par rapport à la norme.

Par qui doit-être posé le diagnostic ?

En fonction de la complexité du trouble et de la situation de l’enfant, 3 niveaux de diagnostic sont mobilisables, dans l’ordre croissant de priorité. Dans l’idéal, c’est un médecin qui pose le diagnostic (médecin généraliste, pédiatre, neuro-pédiatre, neurologue, médecin rééducateur).

Niveau 1 : les professionnels libéraux

Le médecin fait la synthèse des bilans pluridisciplinaires effectués par les professionnels en libéral. Cependant, en pratique, ce sont souvent les professionnels qui posent le diagnostic, faute de médecins disponibles et/ou formés.

Si besoin, Niveau 2 : le secteur médico-social.

Les SESSAD (Services de Soins et d’Education Spécialisée à Domicile) sont constitués de professionnels pluridisciplinaires et d’un médecin (pédiatre, médecin rééducateur) qui pourront affiner le diagnostic et envisager les rééducations dans un contexte coordonné. Une notification de la MDPH est nécessaire pour accéder à un SESSAD.

Si besoin, Niveau 3 : les Centres Référents des Troubles du Langage et des Apprentissages

Ils sont prioritairement destinés aux cas les plus complexes et théoriquement ont une mission d’appui et de formation auprès des acteurs de terrain (professionnels, Education nationale). Ils sont normalement constitués de professionnels de santé pluridisciplinaires (neuropsychologue, orthophoniste, psychiatre, neuro-pédiatre…). Pour obtenir un rendez-vous, il faut déjà avoir effectué un certain nombre de bilans en libéral ou en SESSAD, et les listes d’attentes peuvent atteindre plusieurs mois, et jusqu’à deux ans parfois. Il y a au minimum un CRTLA par région. Ils sont organisés différemment d’un Centre à l’autre.

Ce que doit comprendre le diagnostic de dyspraxie

Il s’agit dans l’idéal d’une synthèse écrite des bilans qui s’appuie sur un entretien avec les parents (histoire de l’enfant). Il doit faire des préconisations écrites qui seront utiles aux enseignants et à tous les adultes accompagnant l’enfant (parents, rééducateurs…).

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