Les dyspraxies

Qu’est-ce que la dyspraxie ?

Le mot dyspraxie vient du grec :

Dys = « difficulté, mauvais fonctionnement » –

Praxis = « action ». Une praxie est la coordination de l’activité gestuelle.

Selon le docteur Michèle Mazeau, un geste est un ensemble de mouvements coordonnés dans le temps et l’espace en vue de la réalisation d’une action volontaire, finalisée.  Le docteur Michèle Mazeau définit les dyspraxies comme étant des « anomalies de constitution des gestes et de l’organisation visuo-spatiale », le docteur Alain Pouhet définit les dyspraxies comme étant « une pathologie de la conception et/ou de la planification–programmation donc de la réalisation des gestes appris ». Dans les pays anglo-saxons, il est d’usage de parler de TAC (Trouble d’Acquisition de la Coordination), proche, voire synonyme, de la dyspraxie.

A la naissance, le cerveau de l’enfant est doté d’une « boite à outils » qui lui permettra de coordonner et planifier/programmer des gestes volontaires après une période d’apprentissage. Ces gestes finiront par être automatisés.

Le fait d’automatiser un geste va permettre de faire une autre action simultanément : c’est ce que l’on appelle la double-tâche (ex : écouter et écrire). Pour ce faire, l’enfant ou l’adulte va s’appuyer sur un certain nombre de repères visuo-spatiaux (repères dans l’espace, situer les éléments les uns par rapport aux autres).

C’est cette « panne » précise dans la « boite à outils », ce dysfonctionnement dans l’apprentissage de ces gestes volontaires, après une période normale de tentatives et d’essais, qui permettra de parler de dyspraxie (après le passage de bilans pluridisciplinaires). La dyspraxie est par conséquent un trouble cognitif spécifique.

Comme les autres troubles DYS, la dyspraxie ne remet absolument pas en question l’intelligence de la personne ! Parfois bien au contraire, elle peut être associée à une précocité intellectuelle.

L’enfant dyspraxique va progresser dans l’apprentissage de certains gestes mais d’autres resteront difficiles voire impossibles à réaliser. Nombre d’enfants et d’adultes dyspraxiques ont une stratégie visuelle défaillante (mauvaises saccades oculaires), ou une interprétation du regard déficiente (agnosie des images qui fait que l’image « vue » n’est pas la « vraie »).

Certains seront touchés plus particulièrement dans le geste articulatoire (voire une déglutition difficile) ce qui rendra difficile une expression orale distincte.

Chaque enfant dyspraxique étant différent, les apprentissages ne se feront pas à la même vitesse, et si certains enfants parviendront à automatiser certains gestes, d’autres n’y parviendront jamais.

A des degrés plus ou moins sévères, la dyspraxie est un trouble durable et persistant avec des répercussions dans la vie quotidienne, à l’école, dans l’accès à la vie sociale, les loisirs, et l’emploi.

En fonction de ces répercussions, la dyspraxie crée alors une situation de handicap nécessitant des adaptations et/ou compensations.

Elle entraîne alors une grande fatigue et souvent une grande lenteur dont il faut tenir compte au quotidien et dans les différents apprentissages tout au long de la vie.

Elle entraîne souvent également une mésestime de soi car le résultat ne sera pas forcément à la hauteur de l’effort consenti (discordance entre l’acte voulu et l’acte réalisé) et l’enfant ou l’adulte concerné, en sera pleinement conscient (« je suis nul… », « c’est moche… »).

En tout état de cause, il conviendra finalement de s’appuyer sur les points forts de l’enfant ou du jeune pour l’aider à progresser et à trouver sa voie.

Les causes

Les causes ne sont pas clairement identifiées et seraient diverses.

La cause génétique est certainement une réalité puisque dans de nombreuses familles, on retrouve plusieurs cas de Dys (dyspraxie, dysphasie, dyslexie…).

Le docteur Michèle Mazeau met en évidence le faible poids de naissance (associé ou pas à une grande prématurité) pour expliquer certaines origines des troubles.

Des enfants qui ont souffert d’anoxie à la naissance peuvent également présenter des troubles des apprentissages comme la dyspraxie.

Les recherches

Les recherches sur la dyspraxie sont encore peu nombreuses comparées à d’autres troubles tels que l’autisme ou la dyslexie. L’équipe du docteur Caroline Huron mène des travaux sur la dyspraxie.  L’INSERM a consacré plusieurs sessions au fonctionnement du cerveau, formations destinées aux  bénévoles des associations.

DFD met en relation des étudiants-chercheurs et les familles sur un certain nombre de sujets. Ces travaux contribuent à une meilleure connaissance de la dyspraxie.

Les chiffres

Il n’existe pas d’étude épidémiologique précise mais il semblerait que 3 à 6 % d’une classe d’âge soit touchée. La Haute Autorité de Santé évoquait 5 à 7 % d’enfants d’une classe d’âge de 6 à 11 ans. Le flou des chiffres s’explique par plusieurs facteurs (difficultés de diagnostic, appellation différente selon les médecins, degré d’atteinte qui ne permettent pas forcément de parler de dyspraxie en tant que telle).

Les différents types de dyspraxie

Les dyspraxies ont été classées en différentes catégories par des médecins, notamment le docteur Michèle Mazeau. Tous les spécialistes ne les reconnaissent pas ainsi en tant que telles, mais ces classifications décrivent les différentes difficultés rencontrées, à savoir :

La dyspraxie constructive

Difficultés à assembler (legos, cubes, bricolage, puzzles…).

La dyspraxie visuo-spatiale

trouble dans l’organisation du geste + trouble du regard, gestes occulo-moteurs) : Difficultés à voir le relief (descendre des escaliers…), se repérer dans un lieu, dans un texte, sur une feuille, sur un plan…

La dyspraxie idéatoire

Difficultés à utiliser et manipuler des objets et des outils (stylo, compas, couteau,…).

La dyspraxie idéomotrice

Difficultés à mimer, imiter des gestes.

La dyspraxie de l’habillage

Difficultés à s’habiller, boutonner, lacer…

La dyspraxie oro-faciale (gestes bucco-phonatoires)

Difficultés à articuler, parler, siffler, souffler les bougies, déglutir… A ne pas confondre avec la dysphasie (trouble du langage oral).

Il est fréquent de cumuler plusieurs dyspraxies. Il est nécessaire de faire pratiquer des bilans précis afin de poser un diagnostic fiable avant d’entreprendre des rééducations appropriées.