Quentin joue de la trompette…

Quentin joue de la trompette…

– Peux-tu te présenter  :

Je m’appelle Quentin, j’ai 17 ans ½. J’habite en Seine Maritime.
Je suis en première scientifique. L’an prochain, j’envisage de continuer en terminale S, avec une spécialité informatique car c’est une spécialité un peu moins difficile.

Mon projet est de devenir ingénieur dans le secteur des transports.

Quelle activité veux- tu nous présenter ?

La pratique de la trompette.

– Quand as-tu commencé ?

J’ai commencé quand j’étais en CE1, il y a donc 11 ans. J’ai commencé car j’avais un copain qui avait commencé l’année précédente. C’était dans une école de musique près de chez moi.

Lorsque j’étais en 6ème, je suis rentré au Conservatoire de Rouen, il a fallu pour cela passer un concours. En 3ème je suis rentré en 2ème cycle toujours au Conservatoire. Pour cela, il a fallu réussir l’examen de fin de premier cycle ; j’ai obtenu la mention Bien.
Cet examen se déroule devant un jury, il s’agit d’une épreuve de compétences.

– Est-ce difficile ?

Le deuxième cycle du Conservatoire est assez difficile.

J’ai des difficultés pour le solfège, j’ai d’ailleurs échoué à l’examen de solfège pour le deuxième cycle. Mais je n’avais pas bénéficié d’aménagement. Je ne fais donc plus de solfège. Je ne pourrais donc pas devenir professeur de musique, par exemple, car il faut pratiquer le solfège.
Par contre, j’ai des « »aménagements pédagogiques «  (les profs tiennent compte de mes difficultés et s’adaptent en fonction de mon évolution), ce qui me permets d’aller plus doucement dans la pratique de la trompette. J’ai pu augmenter mes compétences pour changer de cycle.

Le fait de ne pas faire de solfège ne me manque toutefois pas, car j’ai l’oreille absolue, ce qui veut dire que je joue à l’oreille. Je dois écouter plusieurs fois un morceau pour bien l’enregistrer, puis je me sers de ma mémoire. Il s’agit d’une façon d’apprendre déconcertante, qui peut paraître « magique » mais ça fonctionne bien.

Le souci est que je ne joue pas sur la tonalité de concert : pour les personnes qui connaissent la musique, je joue en Si Bémol alors que la tonalité du concert est en Ut. Cela me gêne pour transposer mes partitions.

Le plus difficile, pour moi, est le souffle. La trompette est un instrument assez simple car elle ne nécessite pas de geste : il y a juste trois pistons sur lesquels il faut appuyer, et une petite coulisse à bouger. Mais l’essentiel est dans le souffle. J’ai beaucoup progressé, mais il y a des sons aigus que parfois je ne parviens pas à faire, notamment parce que depuis le CM1 je suis obligé de porter différents appareils d’orthodontie qui peuvent être très gênants.

Je travaille environ 4 heures par semaine, plus une heure lors des examens.

– Quel plaisir en tires-tu ?

Je joue dans une Harmonie, et je prends énormément de plaisir, mais aussi lorsque je joue dans un ensemble de cuivres. Chaque année, à Noël, je joue dans une ville lors du  Massed Band : c’est un Brass Band géant de 150 à 200 musiciens créé pour l’occasion, et rassemblant des musiciens venant de différentes écoles de musique ou de Brass Band (le Brass Band est un ensemble musical composé d’instruments de la famille des cuivres et de percussions ). C’est ainsi que je suis allé en Belgique, à Lille, Roubaix et Solème dans le nord de la France.

J’aime également jouer lors de la soirée Bavaroise, animer les messes en musique, défiler lors des fêtes de village et faire les commémorations devant les monuments aux morts. Je fais également des solos de trompette lors des concerts de l’Harmonie .

J’ai beaucoup de plaisir à être avec les autres, dans des orchestres. Sinon, je serai le plus souvent seul et cela me déprimerait.

Mais la trompette, c’est aussi un moyen de s’exprimer, ce qui me fait penser à la citation de Beu, « L’art est une une question de Signature ». C’est un moyen de communiquer, ceux qui ont l’oreille comprennent les sentiments que le compositeur veut exprimer en faisant chanter un instrument. Et chaque instrument de cuivre peut être comparé aux différents sons produit par l’orgue.

Je prends aussi plaisir à voyager, lors des concerts. Cela permet d’ailleurs à mes parents de voyager également, puisqu’ils m’accompagnent.

– As-tu un « message » à faire passer ?

Ne pas se décourager.

Il faut prendre son temps, cela ne sert à rien d’aller trop vite. C’est d’ailleurs aussi vrai pour tout le monde, et toutes les activités. Cela n’est pas uniquement vrai pour les dyspraxiques. Même si j’ai mis plus de temps, j’y suis arrivé.

Il faut persister.

Même si la pratique d’un instrument est difficile au début, il faut s’habituer et persister. Maintenant, c’est plus facile et je prends beaucoup de plaisir à jouer de la trompette. Il faut donc savoir aller progressivement, à petits pas.

 

Quentin nous a mis en contact avec son professeur de trompette. Il a accepté de nous dire quelques mots….

Cela a été extrêmement difficile au début, car Quentin ne parvenait pas à se concentrer. Au fur et à mesure, cela s’est amélioré. Je ne sais pas si c’est la musique qui lui a permis de progresser, ou si c’est son évolution personnelle, mais maintenant il peut rester concentré aussi longtemps que les autres. Au départ, la pratique était individuelle, j’ai donc pu m’adapter à lui, faire en fonction de lui.

Quand il a atteint un certain niveau, il a pu intégrer l’harmonie, c’est-à-dire un orchestre. Il s’agit dès lors de pratique collective, ce qui est plus intéressant. Il s’y est beaucoup plus retrouvé, d’autant plus qu’il s’est fait des amis dans l’orchestre.
Cette activité l’a remotivé, elle l’a mis en valeur ; il adore les moments où il est seul, en concert. Je pense même que cette harmonie est le seul lieu collectif où il se sente bien.

Nous sommes face à un paradoxe ; en effet, la musique est par principe axée sur la synchronisation, qui est absolument indispensable. Or c’est ce qui pêche chez un dyspraxique. Pourtant, il y parvient. Mais il a dû, et il doit encore, faire preuve d’une volonté remarquable.

Quentin a une mémoire auditive  incroyable. Comme il lui était difficile de jouer tout en déchiffrant une partition, il a pris l’habitude d’apprendre les morceaux,  de les mémoriser, pour pouvoir jouer. Je pense que cette mémoire s’est développée en compensation de son handicap, mais ce qui est sûr c’est que c’est devenu un atout pour ses apprentissages. Maintenant il joue au conservatoire, ce qui correspond à un bon niveau de pratique. Je dirais qu’il n’a pas de difficulté praxique, du point de vue de ses capacités praxiques il n’est pas différent des autres élèves, il a donc pu et su dépasser ses difficultés.

Ce qui reste difficile ? Il a parfois un comportement un peu déroutant. Il aime la musique et adore jouer tout seul, sur le devant de la scène. Plus jeune il fallait parfois lui  demander de laisser la place, il a du mal à trouver la juste distance par rapport aux autres.

Mais ce qui le caractérise, en plus de sa gentillesse et de sa générosité, c’est sa volonté. Il est capable d’abattre des montagnes. Je sais bien cependant qu’il doit fournir plus d’efforts que les autres, et qu’il doit d’abord accepter de les fournir.

Même si c’est plus difficile, ces enfants sont capables de très belles choses, grâce à leur volonté.