Sarah nage comme une sirène…

Sarah nage comme une sirène…

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Sarah et j’ai 17 ans. Je suis élève de première, je prépare un bac technologique STSS (Sciences et Techniques du Sanitaire et du Social).
Mon lycée étant relativement loin de chez moi, je suis interne.
J’habite dans le Cantal, à la campagne.

De quelle activité veux-tu nous parler ?

Je pratique la natation depuis que j’ai 6-7 ans. J’ai commencé la natation tout en essayant d’autres sports (le football par exemple, ou la danse), et là c’était la catastrophe. La natation me plaisait bien, mes grands-parents ont un chalet au bord d’un lac et j’aimais beaucoup y aller. Je nage principalement la brasse, c’est moins compliqué pour la synchronisation.

Actuellement, je suis en section natation au lycée, c’est une option que je présenterai au bac, ce qui devrait me permettre de gagner des points pour le bac. Je m’entraîne aussi en club, si bien que j’ai 4 entraînement par semaine (2 fois au lycée, 2 fois dans mon club), auxquels il faut rajouter les compétitions.

Cette année, j’ai participé à des compétitions au niveau départemental (FFN) et en UFOLEP j’ai participé à la compétition nationale. Je suis arrivée 2ème en 100 mètres brasse, la semaine dernière. A cette occasion j’ai même battu mon record personnel de 2 secondes !

Est-ce que la dyspraxie te gêne ?

Au début oui, c’était vraiment difficile, mais je me suis accrochée et cela ne me gêne plus. La brasse est plus simple, parce que les mouvements sont symétriques à droite et à gauche. J’ai réussi à automatiser les mouvements progressivement, on s’adapte au fur et à mesure. Et puis mon entraîneur m’a aidé, en décomposant les mouvements lors des entraînements. Pourtant, la dyspraxie n’était pas diagnostiquée (elle ne l’a été qu’à 16 ans), mais je faisais avec mes difficultés, je n’avais pas le choix.

En dehors des compétitions, quel plaisir en tires-tu ?

La natation me permet de m’évader, de penser à autre chose qu’aux cours.

As-tu un « message » à faire passer ?

 Il faut s’accrocher ! Il ne faut jamais se décourager, ni s’empêcher de faire quelque chose qu’on a envie de faire, qu’on aime, à cause de la dyspraxie et de n’importe quel handicap d’ailleurs. Et puis, évidemment, il faut avoir du soutien de la part de son entourage (famille, amis, entraîneurs, professeurs,…).

C’est ce soutien, et ma volonté, qui m’ont permis de progresser et de dépasser mes difficultés.

De quoi donc veux-tu nous parler également ?

Je fais aussi des arts plastiques, principalement du dessin. Je me débrouille bien, j’ai d’ailleurs hésité à ne pas prendre plutôt la section arts plastiques au lycée.

Pourtant, on dit que c’est une matière difficile pour les dyspraxiques. Mais je compense mes difficultés par mon imagination. C’est un divertissement que j’aime.

Je pratique aussi la course à pied, et d’autres sports.

Et pour la suite ?

Mon objectif est de devenir kiné, professeur de sport ou éducatrice spécialisée.
Je vais continuer la natation, bien sûr !

 Le mot de son entraîneur. Nous avons eu la chance de nous entretenir avec la jeune femme qui entraîne Sarah depuis le début de l’année scolaire.

Voilà ce qu’elle nous a dit :

« J’entraîne Sarah depuis septembre 2014. En début de saison, je lui ai fixé un objectif très ambitieux : celui de faire un podium au championnat de France UFOLEP. Il s’agit d’une fédération, distincte du sport scolaire, qui organise des championnats et des animations.
Pour réaliser cet objectif, elle s’est entrainée très dur. C’est d’ailleurs son investissement, son implication qui m’ont convaincue qu’elle pouvait réussir.

Elle a dû d’abord réussir les compétitions départementales, puis régionales. Seules les premières à ces compétitions étaient engagées au niveau national. Elle a pris la deuxième place au niveau national en catégorie junior, c’est la première fois que quelqu’un de notre club réussi un podium au national [N.B. : en fait il y en a déjà eu un ou deux, il y a longtemps, c’est pourquoi elle l’ignore car cela fait peu de temps qu’elle est dans ce club].

Je ne connaissais pas la dyspraxie, et au début j’ignorais totalement que Sarah souffrait d’un handicap. Je ne m’en suis pas rendu compte, c’est sa mère qui me l’a dit au bout de quelques semaines. J’avais simplement remarqué que Sarah avait du mal à retenir les exercices quand j’en donnais plusieurs en même temps. J’ai pris l’habitude de les écrire au tableau, ce qui permettait à Sarah de ne plus être perdue. Mais rapidement elle a pris l’habitude (les suites d’exercices sont souvent semblables), et elle a parfaitement géré ça, il n’a plus été nécessaire de les écrire. De la même façon, elle s’est vite habituée au vocabulaire ; elle a mémorisé les échauffements types qui doivent être réalisés en compétition, et c’est même souvent elle qui aide ceux qui sont perdus.

Pour réussir, elle a fait preuve de motivation, ce qui lui a permis de devenir indépendante. Il faut de la ténacité, elle s’entraine 4 fois par semaine, c’est parfois difficile, quand on est fatigué, malade, etc. Son père est bénévole au club, cela facilite, notamment lors des déplacements.

Dès le départ, nous avons eu une très bonne relation, cela aussi est important. Pour moi, le fait qu’elle souffre de dyspraxie ne se ressent absolument pas. Pourtant, la brasse est une nage difficile car les mouvements des jambes et des bras ne sont pas coordo
nnés. »