Manon la conférencière

Manon la conférencière

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dfdnational_003logo20percent_coul_rvbPeux-tu te présenter ?

Je m’appelle Manon, j’ai 16 ans ½. J’habite à Montluel, dans l’Ain. C’est un petit village entouré de campagne.

Je suis lycéenne ; je passe en première S, je suis très contente, et mes parents aussi.

Durant toute ma scolarité, je suis tombée sur des enseignants, des membres des équipes pédagogiques, qui pensaient que je n’y arriverais pas. Au primaire on m’a dit que je n’y arriverais pas au collège, au collège on disait que je n’aurais pas mon brevet, et que je ne pourrais pas réussir au lycée.

J’ai pourtant eu mon brevet mention Assez Bien, et j’ai trouvé que la seconde était mon année la plus facile.

J’ai toujours aimé apprendre, j’adore apprendre, c’est intéressant. Je suis super contente d’aller au lycée, de rentrer à la maison en ayant appris des choses nouvelles.
manon2Je veux être infirmière, j’ai envie de travailler assez tôt, c’est pourquoi je n’envisage pas d’études trop longues. J’aime les relations humaines.

J’ai une dyspraxie visuo-spatiale et une dyslexie mixte, ainsi qu’un léger trouble déficitaire d’attention (pour lequel je ne prends pas de médicament, je n’en veux pas).

En plus de mes études je fais de l’équitation. J’aime aussi faire de l’art créatif (des tableaux, des boîtes,…) ; c’est une activité difficile, qui demande de la concentration, de la minutie. Mais c’est une bonne activité, ça me canalise. Je fais aussi la cuisine, mais parfois je gaffe, comme quand j’ai mis du chocolat à fondre dans un Tupperware, 20 mn au micro-ondes. Mon père a récupéré des cendres dans le micro-ondes.

Je suis quelqu’un de très enthousiaste. Je crois n’avoir jamais été en colère, et je veux que cela continue, car j’ai peur si cela arrive de ne pas me maîtriser.

J’ai une sœur qui a 10 ans de plus que moi ; elle m’a beaucoup aidé, quand j’étais en maternelle par exemple elle était au collège, puis au lycée. Nous étions dans le même  groupe scolaire, elle me protégeait, me donnait des conseils. C’était très important pour moi. On fait beaucoup de choses ensemble ; elle m’a aussi appris à aimer lire et à tricher aux jeux de société J…

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbQuelle est l’activité  que tu veux nous présenter ?

J’interviens dans des conférences pour témoigner sur les troubles dys.
J’ai commencé cette année, avec ma mère qui est membre de l’association DFD 01.

Par exemple, je suis intervenue lors d’une intervention à l’école d’orthophonistes, devant une salle comble. Mais aussi lorsque le Dr Pouhet est venu dans l’Ain.
J’ai préparé un diaporama, que j’ai adapté aux deux situations différentes (j’avais moins de temps lors de la conférence du Dr Pouhet).

Puis j’ai parlé spontanément, à partir du support que j’avais créé. J’ai récapitulé ma vie depuis que je suis toute petite, ma scolarité, la vie quotidienne qui est difficile, les rééducations. J’ai adoré ça, et mon témoignage a été apprécié.

Cela nécessite un travail de préparation, mais il s’agit de ma vie, je la connais ! Pour l’outil informatique je le maîtrise grâce à mon ergothérapeute ; j’ai commencé à utiliser un ordinateur à la maison, et seulement cette année au lycée. Avec les rééducateurs j’ai appris à organiser ma pensée.

J’aime beaucoup témoigner, je suis à l’aise, après les enfants me téléphonent et me demandent plein de conseils (pas uniquement sur l’école). J’ai plus de mal avec les jeunes de ma classe, parce qu’ils me connaissent personnellement, ils peuvent me juger, se moquer de moi, et je stresse. Les adultes sont plus matures, ils ne se moquent pas.

Voici un exemple de ma présentation :

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dfdnational_002logo20percent_coul_rvbDe quoi voulais-tu aussi témoigner ?

J’ai subi du harcèlement, quand j’étais au collège, par des jeunes de mon âge. Et je sais que beaucoup de dys au collège ont eu des problèmes du même ordre. Quand je peux je les aide, ils m’écoutent, car je suis comme eux, et non une adulte. Par exemple, je leur donne des astuces, je leur parle des exercices de  respiration que j’ai appris à faire pour lutter contre mes crises d’angoisse. Je leur apprends aussi à répondre aux moqueries, ou à les ignorer.

Au collège, dès qu’on est différent on est susceptible d’être harcelé. Par exemple, lorsque j’étais au collège il n’y avait jamais de place à la cantine pour que je m’assoie. J’ai souvent mangé debout, parce que personne ne voulait que je m’assoie à côté de lui. Je n’avais pas de copine, j’avais des difficultés de relation. Je ne savais pas comment me comporter : je suivais les gens comme un petit chien, je faisais des câlins très facilement (ce qui est souvent un comportement remarqué des dys). Et puis j’avais des difficultés avec les implicites : je prenais les choses au pied de la lettre, ce qui était problématique (par exemple, si on disait que quelqu’un était un pot de colle, je cherchais la colle, ou que je me comportais comme un petit chien je me voyais à quatre pattes….).

La différence est plus tolérée au lycée, les gens sont plus matures, plus âgés. Et puis il y a du travail, on n’a pas le temps de critiquer l’autre. On s’intéresse à celui qui est gentil ou intelligent, par exemple, et on ne regarde pas s’il a des chaussures à scratch.

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbQuoi d’autre ?

Ma scolarité a été difficile au début, à cause de mes difficultés. Mais les rééducations sont là pour aider. Personnellement, je suis beaucoup de rééducations différentes : la psychomotricité, l’orthoptie, l’ergothérapie, l’orthophonie qui va recommencer pendant les vacances. En plus des séances de psychothérapie qui m’aident beaucoup. Il ne faut pas faire tout en même temps, il faut prioriser. Je ne supporte pas plus de deux séances par semaine.

Par exemple l’ergothérapeute m’a appris à utiliser un ordinateur et à  m’organiser,  la psychomotricienne à faire de la relaxation, à être plus à l’aise dans le sport. L’orthoptiste m’aide pour la lecture ; en effet mes yeux se perde
nt dans la page, je saute des lignes, des mots, et la lecture est donc difficile. Les maths étaient difficiles mais maintenant je fais tout, c’est génial, alors que je ne sais pas mes tables !

Comme je suis maladroite, j’ai des difficultés en sport. Par exemple, au bowling je me suis déplacé une vertèbre, qui a écrasé un nerf ce qui fait que je ne sentais plus mon bras gauche.

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbTu as beaucoup de recul sur tout ça, comment l’expliques-tu ?

Je parle beaucoup avec mes rééducateurs, j’ai bien saisi leur importance. Et puis je confronte mon expérience, mes ressentis, avec la vision des autres (professeurs, parents, rééducateurs, etc.).

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbAs-tu un « message » à faire passer ?

Oui, j’ai plusieurs messages, vous pouvez vous en douter J

Tout d’abord, il ne faut pas écouter les professeurs qui ne vous font pas confiance. Il faut s’écouter, se faire confiance. C’est toi qui sais ce que tu peux faire, il ne faut pas se décourager. Au contraire, il faut réussir pour leur prouver qu’ils ont tort, pour leur faire regretter leur pessimisme.

Et puis quand cela marche, tu peux demander leur email, ils aiment que tu poses des questions, que tu t’intéresses à leur matière pour réussir. Mes professeurs ont compris que j’avais du mal avec le « par cœur » par contre je sais appliquer les méthodes et les connaissances.

Puis il faut s’accrocher. Les relations aux autres s’améliorent au lycée.

Surtout, il faut croire en soi. On peut faire, c’est possible. Il faut regarder ceux qui réussissent, qui peuvent servir d’exemple, nous tirer vers le haut.

C’est comme en équitation : il faut vouloir sauter une barre toujours plus haute, se surpasser.

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Enfin, concernant les rééducateurs, il faut leur demander ce qu’on veut vraiment faire, sur quoi on veut vraiment travailler ; c’est leur métier, ils vont t’aider par rapport à toi et ils ont les réponses à tes questions. Ils savent expliquer. Et c’est aux rééducateurs qu’il faut le demander, pas aux parents. Ils vont s’appuyer sur tes points forts et les repérer, t’en faire prendre conscience. C’est ce qui nous permet de nous comprendre, et donc de progresser.

Par exemple, avec mon orthophoniste en 3ème, je lui ai demandé de travailler sur les résumés de texte, car j’ai du mal ; je pars dans les détails.  Par exemple au lieu de parler du paysage, je vais parler de la coccinelle rouge et noire sur la feuille verte qui a cinq nervures et trois trous, et j’oublie de décrire le paysage.

Avec l’ergothérapeute nous avions réalisé des pictogrammes (qui représentaient la salle de bain, la chambre, la cuisine,…) qui me permettaient de savoir dans quel ordre faire les choses (se lever, descendre manger, m’habiller), et quand (le samedi, le lundi, le mercredi…) Depuis cette année, j’ai pu m’en passer, et donc les enlever. C’est un beau progrès.

Le docteur Alain POUHET, qui était l’intervenant dans une conférence à laquelle Manon a participé, a accepté de nous dire quelques mots à ce  propos :manon6

Nous, les professionnels de l’évaluation, du diagnostic, du soin, accompagnons les élèves dys- dans les écoles, nous nous autorisons à parler des pathologies dys- mais que savons-nous vraiment du quotidien des jeunes ? Notre discours est, et sera toujours, désincarné, décalé du vécu, des réalités…

Aussi en complètement de nos interventions, de nos écrits, de nos conférences, les témoignages de ceux et celles qui vivent les dys- sont indispensables. Il en va de notre crédibilité à tous. Merci de dire ce que vous avez vécu et ressenti, de confier aux  adultes ce que vous avez espéré et vous a manqué. Aidez-nous à parler vrai !