Emerick, sur les traces de Renan

dfdnational_003logo20percent_coul_rvbPeux-tu te présenter ?
Je m’appelle Emerick et j’ai 10 ans. J’habite à Pornic, dans le sud de la Bretagne (dans la Loire Atlantique).

J’ai une grande sœur, Pauline, qui a 15 ans, et un grand frère, Romain, qui a 16 ans.
Je suis en CM2. L’an prochain, j’irai au collège Notre Dame, où sont allé mon frère et ma sœur. Je l’ai déjà visité 3 fois, et je suis content. Tout se passe bien à l’école, j’ai un ordi depuis le CE1, je n’écris presque pas, mais ça va.
Je fais du karaté, comme Pauline et Romain, qui sont ceintures noires. Moi je suis ceinture jaune, et j’ai fait une compétition en handi-karaté, où j’ai eu une médaille d’or.
Et peut-être que l’année prochaine je vais commencer à faire du théâtre.
Je suis dyspraxique et je ne vois pas très bien.
dfdnational_003logo20percent_coul_rvbDe quelle activité veux-tu nous parler ?
Je fais de la batterie et du chant dans une chorale, mais aussi de la Formation Musicale (qu’on appelait avant solfège).

J’ai commencé la batterie parce ça fait du bruit ! Et puis, c’est drôle…En fait, je voulais faire de la musique pour suivre Pauline et Romain. Romain fait beaucoup de choses : de l’accordéon, du piano, de l’orgue, de la guitare et du chant ; Pauline joue du piano et du hautbois et elle chante dans une chorale. Maman faisait du violon, mais elle a arrêté.

dfdnational_003logo20percent_coul_rvb Est-ce que c’est difficile ?
Oui à cause de ma dyspraxie.
Pour la batterie, ils ont fait des aménagements. Les partitions sont agrandies, comme ça je peux voir les notes. Et le professeur est très patient ; il doit me redire certaines règles souvent (celles que je n’arrive pas à retenir) : par exemple, comment on tient les baguettes. Au début c’est normal de ne pas savoir, mais normalement au bout de 3 ans on ne devrait pas devoir le faire. Il y a des règles que je connais, quand même.
Je fais partie de l’orchestre d’initiation (nous jouons du classique), et avec lui j’ai participé à un premier concert, dans une petite salle de spectacle. J’étais déçu parce qu’il n’y avait pas beaucoup de spectateurs, mais c’était bien !
Je fais aussi du chant, depuis 6 ans, et avec la chorale j’ai participé à beaucoup de concerts. J’aime chanter, mais la dyspraxie me gêne pour les gestes. En effet, pour retenir les paroles ma professeure nous fait utiliser des gestes, mais c’est compliqué pour moi de chanter et de faire les gestes en même temps. Du coup, je ne les fais pas (j’essaye quand même, mais c’est difficile), je regarde les autres et ça m’aide un peu.
J’ai aussi des difficultés avec l’écriture des notes en Formation Musicale, et là il a fallu faire beaucoup d’aménagements.
Les deux premières années ils agrandissaient les textes ou les partitions. La troisième année, nous avons essayé d’utiliser un grand cahier, de forme rectangulaire, pour écrire les notes, avec des lignes plus espacées. Comme cela j’avais plus de place pour écrire les notes. Mais comme je n’écris presque pas à cause de ma dyspraxie, c’était trop difficile alors on a essayé d’utiliser une ardoise effaçable sur laquelle une portée était dessinée. C’était bien, mais j’avais toujours le problème de l’écriture des notes dans le livre de musique. Du coup, maman a trouvé des logiciels spécialisés, mais ils étaient trop chers et très compliqués. Alors, je me suis fabriqué mon propre système. J’en ai discuté avec l’ergothérapeute, elle m’a aidé à l’améliorer. J’ai dessiné des portées, je les ai agrandies et imprimées en PDF. Puis on les a scannées et je mets les notes dessus. Sur certains PDF on ne peut pas écrire, il faut faire très attention.
C’est difficile avec le cours de Formation Musicale. Chaque année ils veulent me faire redoubler, il faut se battre pour que je passe. D’ailleurs, Renan Luce était prêt à m’aider….

dfdnational_003logo20percent_coul_rvb Pourquoi Renan Luce ?
Parce que c’est mon copain !
En fait, c’est mon chanteur préféré, mais quand j’ai su que c’était le parrain de DFD je l’ai encore plus aimé. Je l’ai rencontré au cours de concerts, tout seul ou avec son frère Damien qui joue du piano. Il est très sympa, il m’encourage à continuer la musique. Lors du dernier concert, DFD a tenu un stand et avec maman nous sommes allés distribuer des dépliants de DFD. Je n’avais pas peur, je pouvais expliquer aux gens ce que c’était que la dyspraxie. J’étais très à l’aise. Et Renan est venu nous voir.

Avec Renan lors de son dernier concert. Le grand c’est Romain, et moi je tiens le dépliant de dfd
dfdnational_003logo20percent_coul_rvb Autre chose à dire ?
Je joue aussi du piano, et avec Romain et Pauline on fait beaucoup de concerts à la maison ; dans ces moments-là, j’improvise.
En fait, j’aime beaucoup tout ce qui touche à la musique. C’est difficile parfois, mais il faut se battre…

dfdnational_003logo20percent_coul_rvb As-tu un message à faire passer ?
La musique c’est super ! Même les dyspraxiques peuvent en faire !

dfdnational_003logo20percent_coul_rvb La parole à Véronique, maman d’Emerick

Mon fils Emerick a 10 ans, il a une dyspraxie visuo-spatiale associée à des soucis de vision (très forte hypermétropie). Ses problèmes de vision ont été diagnostiqués dès sa naissance et la dyspraxie a été diagnostiquée par une neuro pédiatre dès l’âge de 6 ans. Il a une dyspraxie très importante ne lui permettant pas d’écrire en attaché, par conséquent, il ne peut pas non plus écrire les symboles musicaux. Il suit néanmoins une scolarité classique en CM2 grâce aux adaptations du S3AIS (cartable numérique).
Depuis la petite enfance, il aime énormément la musique. Pour l’écouter bien entendu, avec une très nette préférence pour les chansons de Renan Luce ! Ainsi que le piano de son frère Damien qu’il écoute tous les soirs ! Mais le plaisir de chanter puis de jouer lui-même avec son frère (piano, accordéon diatonique et chant) et sa sœur (piano, hautbois et chant) est rapidement apparu !
Par conséquent, il y a maintenant 6 ans, je l’ai inscrit dans l’école de musique municipale de notre ville. Les deux premières années en éveil musical se sont très bien passées. Les choses se sont compliquées avec l’étude en formation musicale.

Au niveau du chant, la seule adaptation a été l’agrandissement des feuilles de chant et une tolérance lorsqu’il était demandé de mimer en chantant (se concentrer sur deux tâches en même temps restant assez compliqué).
Pour la pratique instrumentale (après un an de trombone), il a choisi les percussions. Afin de permettre à Emerick de suivre cet apprentissage, son professeur agrandit les partitions. Il reprend souvent la base et l’aide en ajoutant des indices sur les partitions. Il est également très patient et sait s’adapter au souci d’Emerick. Il a même pu participer à son premier petit concert avec l’orchestre. La prestation demandée était assez simple mais le batteur était très fier !
Pour la formation musicale, les choses sont plus complexes. Durant les deux premières années, la seule adaptation était un agrandissement des partitions. Ce qui est toujours le cas aujourd’hui, 4 ans plus tard. Ensuite nous avons fait l’acquisition d’une ardoise dotée d’une portée assez large. Cela lui permettait d’écrire les notes. Ainsi que d’un cahier de portée plus grand que le format classique.

Cette année, toujours avec l’accord de son professeur de FM, nous avons souhaité mettre en place l’ordinateur. En effet, il l’utilise de façon régulière en classe (pas d’écriture en attaché). Avec l’aide de son ergothérapeute, Emerick a installé des lignes de portée sur un fichier PDF afin de placer les notes sur la portée. Avec son système, il pouvait prendre les notes et les placer sur la portée. Seulement son professeur trouve que ce moyen n’est pas assez rapide. De plus, il manque des notes plus complexes, les clés et les différents symboles musicaux… A noter que l’école de musique n’est pas équipée pour recevoir Internet. Ce qui empêche l’utilisation de certains logiciels gratuits. L’ordinateur n’est par conséquent plus utilisé durant les cours…

En conséquence, Emerick passe les examens de musique uniquement à l’oral. Une réunion avec la directrice, son professeur actuel et celui de l’année prochaine est prévue prochainement. Nous verrons si l’utilisation de l’ordinateur (qui lui est déjà totalement indispensable en classe) peut se poursuivre pour l’apprentissage de la musique. L’acquisition de logiciels adaptés pourra, je l’espère, être une solution.

En tout état de cause, Emerick ne souhaite pas abandonner l’apprentissage de la musique malgré les obstacles !