Dys Ding Dong Song (poème)

(Fait en avril 2013, à l’attention du corps enseignant, classe de 4°,

afin de marquer les esprits,

après beaucoup de questions et d’incompréhensions, sans réponses, diagnostiqué non dyslexique, et avant que le diagnostic du syndrome dysexécutif ne soit enfin posé)

Dys Ding Dong

Dys tiens donc…

Dystinguons donc les dys

Des dys qui n’en sont pas mais qui en dysent long.

Dys Ding Dong

Alors dys ou pas dys ?

Padys ou pas Padys ?

À la question chacun s’y associe.

Sachons que papa dys aussi.

Techniquement donc, Kéran n’est pas dyslexique,

Dyslexie, dyspraxie, dysgraphie, dysorthographie, dyscalculie,

C’est a en avoir le tournis.

Dommage Kéran que tu ne sois pas dys

Ne sois pas dys à toi tout seul

Tu serais alors repéré, qualifié

Sans te sentir dysqualifié.

Dans la famille Dys

Il existe aussi la p’tite dernière,

Dysphasie qu’elle s’appelle,

Qui rassemble à elle seule

Les caractères bien trempés de ses sœurs.

Dys Ding Dong

Au son du gong

À chaque début de cours

Pour Kéran revient la même question

Revient la même angoisse

comme un papier que l’on froisse,

« N’ai-je rien oublié ?

Exercice, leçon, cahier ?

Seul sur les sentiers,

A gravir les pentes de l’Annapurna »

Trop lent et mauvaise orthographe

Ortolan et girafe

Lapin devient pinla et ième – éime

Ses sourires n’en dysent pas assez long

Dans la catégorie courage, vingt sur vingt.

Kéran ne démérite pas en vain.

Envers et contre tout,

En vers ou en prose

C’est la vie qui dyspose.

Peut-être pas dys, mais qu’est-ce que ça y ressemble.

Les dys-semblantes dys-férences, Kéran les cumule.

Parlons alors des dys-ficultésd’appren-dys-sage qu’il rencontre :

Troubles de la lecture, troubles de l’écriture et troubles de la parole,

Lenteur, fatigabilité et désorganisation,

Troubles de l’apprentissage, de la mémoire immédiate et de l’attention.

Dys Dingue non ?

On dirait une addystion à la Prévert,

Une addiction à un décor à l’envers.

Garçon, l’addystion !

Dys Ding Dong

En vérité, en vérité, je vous le dys,

Kéran n’est ni lent, ni rapide ; il est dys-temporel,

Décalé dans son rythme entre mouvement et pensée, entre l’être et le faire, …et le faire a dyssous c’est pas chaire… de lettres, ni cher de l’être, ni son insoutenable légèreté.

Ne vous y trompez pas, Kéran n’a pas peu ou beaucoup de mémoire ; il est dys-mémoriel.

Il n’est ni organisé, ni non-organisé ; il est dys-organisé.

Il n’est ni concentré, ni non-concentré ; il est dys-centré.

Il n’est ni attentif, ni non-attentif ; il est dys-attentif et pas trop dyssipé.

Ça en a tout l’air, oui, Kéran n’est pas ordinaire,

Peut-être dys-ordinaire, sans aucun doute extraordinaire.

Il a le bagage intellectuel nécessaire,

Il est curieux, travailleur,

Il y met tout son cœur.

Mais imaginez juste un peu l’affaire,

Les mots, les infos entrent, sortent, s’affairent,

Circulent dans un espace de grande bataille,

Font la ronde, trois p’tits tours, et à chacun son braille !

Font la ronde, arrivent enfin, l’air un peu débraillé.

Garçon, l’addystion s’il vous plait !

Que ferons-nous donc ?

Et qu’aimerions nous donc

Que l’on nous fît, que l’on nous fasse

Si la vie ainsi nous avait mis face

Contre terre, un décor à l’envers.

Mais Kéran ne se résume pas à un dys, même contre un.

Ce qui le caractérise, c’est sa personnalité,

Son humour et son intelligence,

Son ouverture d’esprit et sa grandeur d’âme,

Son courage et sa volonté,

Sa sensibilité et sa gentillesse,

Sa finesse dans l’altérité,

Sa conscience du monde.

Alors dys sur combien ? Quelle note pour quelle évaluation ?

La réponse n’est-ce pas se trouve en amont de la note,

Et la mesure à la hauteur du regard que l’on porte.

Dys Ding Dong

Dig Ding Dong

Sans compter

Je lui donne

La note de dix sur dix.

Août 2014

Dys Ding Dong

Dig Ding Dong

La science a parlé

Le diagnostic nouveau est arrivé,

Le terme est abrasif,

Garçon, un syndrome dysexécutif,

s’il vous plait !

En ce début de CAP de sculpture sur bois, l’exécutif doit se faire incisif,

sur du chène ou sur de l’if,

le concept doit se faire matière,

la parole se faire chair.

C’est le métier qui rentre

et l’art a sa façon de faire.

Son exécution se fera, sans se dystraire.

Le travail s’accomplira, sur le métier sans cesse posé,

sur la portée des maux entre notes et silences.

En vers ou en prose, c’est là une incessante danse,

sans pause,

Sur ce dys que Kéran se fait virtuose.

Bruno papa