Marius : une expérience inoubliable

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbBonjour, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Marius, je suis dyspraxique avec un trouble des fonctions motrices. Je suis en 4ème, en ULIS au collège Rosa Parks de Rennes ; j’habite à Saint Sulpice la Forêt, à côté de Rennes. J’ai 15 ans. Mon collège est un grand collège, tellement grand qu’il a deux sites ; chaque site accueille une ULIS (une pour les troubles moteurs, une pour les handicaps cognitifs). Au collège cela se passe bien pour moi, même si je suis dans une classe turbulente et que j’ai plus de mal à me concentrer. Pendant l’année je pratique le ping-pong à l’UNSS (le « club de sport » du collège), mais aussi le badminton et l’athlétisme. Pour ce dernier, je ne voulais pas le pratiquer mais mes parents m’ont forcé.

 dfdnational_002logo20percent_coul_rvbDe quoi vas-tu nous parler ?

J’ai participé au championnat de France de ping-pong de sport adapté. Il s’est déroulé à Saint-Dizier, en Haute-Marne, durant un week-end.
Il y avait 8 équipes venant de toute la France, et notre équipe est arrivée 5ème.
Le principe est simple : on associe un jeune valide et un jeune handicapé, et on forme une équipe constituée de deux paires ainsi qu’un 5ème jeune qui est apprenti arbitre. Dans mon équipe en plus de moi il y avait Alicia, qui a un handicap cognitif, Lou, Rémy et Axel qui arbitrait.
Au début de la compétition, le professeur de sport responsable national du handicap évalue les jeunes handicapés, afin de leur attribuer des points de compensation par rapport à leurs difficultés. Moi par exemple j’ai eu 2 points de compensation, ce qui signifie que quand le match commençait j’avais déjà deux points (par rapport à un valide). Par contre, une fois la compensation accordée, les professeurs étaient très clairs : il ne fallait pas se faire de cadeau, le handicap étant normalement compensé nous étions tous à armes égales.
Il n’y a pas eu de sélection au départ : toutes les équipes qui souhaitaient participer ont pu y aller, parce qu’en fait il n’y a pas assez de compétiteurs.

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbQue peux-tu nous dire de cette expérience ?

J’ai progressé, j’étais satisfait.

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 dfdnational_002logo20percent_coul_rvbEt par rapport à cette mixité valide/handicapé ?

C’est super, ils acceptent tout le monde.

En quoi ta dyspraxie t’a-t-elle gêné ?
Au début, quand je faisais du ping-pong, j’avais du mal parce que j’ai des difficultés à m’orienter dans l’espace ; du coup, il m’était difficile de rattraper les balles « tournées1 » ou hautes. Et puis j’avais aussi du mal à engager à cause de mes problèmes de coordination. Et puis je me suis entraîné et maintenant cela va mieux.
Et puis je vais vous faire rire : c’est un jeu sur la Wii qui m’a fait progresser au ping-pong. Peut-être faudrait-il que la Wii soit remboursée par la sécurité sociale…
Au badminton s’est pareil ; au début j’allais trop vite pour engager et donc je ratais le volant. J’ai décidé, consciemment, de faire plus doucement, et je n’ai plus de souci.
En fait, face à toutes ces difficultés je me suis dit qu’il fallait beaucoup travailler, et c’est cette habitude qui m’a permis de progresser.

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbAs-tu un message à faire passer ?

Il faut profiter de cet instant, c’est une chance d’y aller.

La parole à Sabine, la maman de Marius
Franchement il faut faire connaitre cette compétition, cela fait tellement de bien à nos gosses. Cela les valorise tellement !!! Et surtout cela crée de grandes amitiés entre gosses. C’est génial car les valides participent au championnat grâce aux “handicapés” et s’installe entre eux une superbe solidarité.
Les handicaps sont très différents ; cette année il y avait des jeunes avec des handicaps cognitifs, un atteint de nanisme, une adolescente en fauteuil suite à un accident, un autre qui avait une prothèse de la jambe suite à un cancer des os. Ce sont tous des gamins géniaux, qui se sont régalés… en plus on commence à se connaître puisqu’on s’était déjà vu l’an dernier, alors des amitiés se créent vraiment entre nous, avec les professeurs qui sont extraordinaires, avec les enfants, c’est vraiment une superbe expérience. Il faut faire connaître cette compétition.

dfdnational_002logo20percent_coul_rvbSébastien, professeur d’EPS, qui a accompagné le projet

Cette expérience n’a que du positif. La notion d’entraide y existe beaucoup plus qu’ailleurs, alors que paradoxalement dans une situation de compétition en équipe on a plutôt tendance à rejeter la faute sur l’autre, en cas d’échec. Les relations humaines sont beaucoup plus riches.
Nous n’avons pas participé à cette compétition dans l’intention de gagner, mais même les meilleures équipes ont cet état d’esprit. Il y a de l’admiration, du respect pour le partenaire, même s’il est défaillant.
Il existe une compétition multisport qui se déroule de la même manière, avec de la sarbacane, de la course d’orientation, du vélo, du tennis de table… On va se préparer l’an prochain pour pouvoir y participer.
Dans notre collège il y a deux ULIS (un pour les troubles cognitifs, un pour les troubles moteurs). Jusqu’à présent, les jeunes étaient inclus à raison d’un jeune par matière. L’an prochain, nous allons créer une heure d’EPS spéciale pour l’ULIS afin de nous préparer.
Concernant les élèves en difficulté, c’est à nous, enseignants, de nous adapter à ces difficultés, qu’il ne faut pas concevoir comme un manque. Ces jeunes porteurs de handicap ont plus d’envie que les autres ; quand ils sont désinhibés ils sont heureux, sourient tout le temps, c’est un vrai bonheur.
Bien sûr il faut adapter un peu les règles. Par exemple, pour Marius, le service (l’engagement) est difficile à cause de ses problèmes de coordination. Il a fallu appliquer une règle différente, adaptée, qui consiste à le laisser faire rebondir la balle pour engager. De même, pour un jeune en fauteuil il y a 4 points de compensation et l’interdiction pour l’adversaire de faire un service court. Dans les doubles (équipes mixtes valide/handicapé) il n’y a pas obligation d’alterner, c’est le mieux placé qui joue, mais il y a interdiction au valide de « piquer » la balle. On travaille plus les notions de coopération que de compétition, c’est ce qui est génial. Et puis il faut jouer stratégique : on doit s’adapter à l’autre, son co-équipier comme son adversaire, puisque les règles changent selon la personne.
L’EPS n’est pas qu’une activité sportive. C’est aussi très important pour la socialisation ; on occupe des places sociales. Cela facilite grandement l’intégration, et le fait qu’il y ait des ULIS dans le collège fait qu’il y a plus de tolérance envers la différence. D’ailleurs nous sommes dans une zone prioritaire, un quartier multi-racial (52 nationalités) avec beaucoup de misère sociale et de jeunes qui ne sont pas accompagnés ; cette diversité se retrouve évidemment au collège. Les jeunes sont donc confrontés à la différence, à la mixité de multiples façons, et c’est très bien.
L’exemple de Marius a créé une émulation, puisque c’est la deuxième année qu’il participe à cette compétition. Pour lui, le tennis de table est une activité qui l’a aidé à mieux gérer ses gestes, il a une meilleure maîtrise ; mais j’ai conscience que c’est sûrement difficile au niveau de la concentration.
Outre la compétition multisport, nous avons d’autres projets ou avons déjà réalisé des choses extraordinaires. Ainsi, une de mes collègues a accompagné des groupes d’enfants handicapés aux jeux paralympiques de Londres et d’Athènes (ce qui a nécessité une organisation que vous imaginez !). Elle a aussi été à vélo jusqu’à Lorient2 avec un groupe de jeunes d’ULIS, pour retrouver la team Jolokia3.
Ces expériences montrent que beaucoup de choses sont possibles…. Et nous donnent envie de continuer !